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Divisé, le cabinet de Tshisekedi explose après l’arrestation de Kamerhe

Au cœur de la lutte laborieuse contre le Coronavirus qui frappe la République démocratique du Congo, qui vient de dépasser la barre symbolique de 200 cas, le président Félix Tshisekedi s’offre un véritable séisme au cœur même de son pouvoir. Son Directeur de cabinet, Vital Kamerhe, est éclaboussé par un scandale judiciaire, qui le voit, désormais, détenu à la prison centrale de Kinshasa. Et même si cet ancien président de l’Assemblée nationale de la RDC n’est, pour le moment, pas inculpé, de forts soupçons pèsent sur lui, scellant son départ, par la petite porte, du cabinet présidentiel.

Des UNCs de la Présidence s’attaquent à la Justice

Par ailleurs, l’arrestation et la détention de Vital Kamerhe provoquent une grave crise au sein de la coalition Cap pour le Changement (CACH) qu’il forme avec le Chef de l’Etat congolais et d’autres personnalités de la classe politique, anciens opposants. A l’annonce de sa convocation au Parquet de Matete, qui a fini par l’écrouer, Vital Kamerhe et son parti ont haussé le ton, accusant sans le cacher, le président Tshisekedi de vouloir se débarrasser d’un allié politique en prévision des échéances électorales à venir. « C’est tout simplement regrettable. Un homme, c’est le respect de la parole. Nous comprenons que le problème, c’est l’Accord de Nairobi. Il faut déjà éliminer quelqu’un comme Vital Kamerhe, il faut le rendre inéligible en créant des dossiers autour de sa personne pour le salir », a déploré le porte-parole de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), Selé Yemba, dans une déclaration à la presse.

Déjà dimanche 5 avril, alors que Vital Kamerhe venait de recevoir sa toute première convocation au Parquet de Matete, des ministres du gouvernement et même des conseillers du président Tshisekedi, membres de l’UNC, n’ont pas hésité à signer une déclaration politique de leur parti qualifiant la procédure judiciaire contre Kamerhe d’un « acharnement », promettant de mettre « hors d’état de nuire » les présumés instigateurs.

Tshisekedi visé par ses propres Conseillers

Ces membres de l’UNC n’ont pas hésité à citer « le Président de la République », dans une menace à peine voilée, faisant savoir que son Directeur de cabinet, Vital Kamerhe, n’aurait pu se rendre coupable de malversations sans que le Chef de l’État ne soit au courant.

Le mercredi 8 avril à l’audition de Kamerhe, plusieurs conseillers du président Tshisekedi, dont son chargé de mission, Pacifique Kahasha, accompagnaient leur leader de l’UNC au Parquet. Par ailleurs, à l’arrestation et au transfert de Kamerhe vers la prison centrale de Makala, des membres de son parti, dont des membres du cabinets du président Tshisekedi, se sont lancés dans des critiques et menaces, remettant en cause l’Accord qui les lie au Chef de l’État.

Le fait est qu’à la composition de son cabinet en 2019, Félix Tshisekedi a fait l’étrange choix de nommer des proches de Vital Kamerhe dans sa ceinture rapprochée. Outre Pacifique Kahasha, qui est un bras droit de Vital Kamerhe, mais qui se retrouve chef de mission de Félix Tshisekedi, plusieurs autres sont dans cette position. La directrice en Communication du président Félix Tshisekedi, Lydie Omanga, est une très proche à Vital Kamerhe. Selé Yemba, qui n’a pas hésité à fustiger la procédure judicaire, n’est autre que conseiller du président Félix Tshisekedi. Au cabinet du Président, toute une partie de son personnel est donc à l’arrêt, partagée devant le scandale judiciaire de leur leader politique, sans même hésiter à choisir leur camp.

Face à une telle réalité, Félix Tshisekedi est appelé à opérer rapidement une refonte totale de son cabinet. « Il n’est pas possible d’avoir des conseillers du Président de la République qui prennent position contre la Justice et même contre le Chef de l’Etat. C’est inadmissible », fait savoir un député élu de Kinshasa.

Si du côté de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti de Félix Tshisekedi, on garde le calme, préférant « laisser la justice faire son travail », la position des cadres de l’UNC est scrupuleusement suivie. « Nous allons apporter notre réponse au moment opportun. Il y a des choses qui se font et qui violent même le principe de fonctionnement d’un État. Mais, nous préférons attendre que la procédure judiciaire aille jusqu’au bout, avant de répondre », estime un haut cadre de l’UDPS.

Un cabinet déjà décrié

Lee dossier judiciaire continue. Jeudi à Kinshasa, des conseillers du président Tshisekedi ont été auditionnés par le Parquet de Matete. D’autres le seront bientôt. Une situation qui renforce encore la nécessité, pour le président de la République, de remanier son cabinet. Il s’agit, par ailleurs, d’un cabinet longtemps décrié à cause de ses guerres internes. En 2019, des problèmes de fonctionnement ont même atterri au niveau des médias. Plusieurs conseillers proches du Président ont contesté les pratiques du chef du cabinet, Vital Kamerhe, obligeant le président Tshisekedi à intervenir plusieurs fois. Par ailleurs, dans une séance de mise au point musclée, le Chef de l’État n’a pas hésité à dénoncer son cabinet et ses conseillers qui seraient « plus concentrés au business qu’à la politique ».

Restructurer le Cabinet commencerait déjà à trouver un nouveau directeur de cabinet. Vital Kamerhe en prison, même s’il s’en tirait blanchi, ne devrait plus revenir à son poste. Alors que son remplacement ne fait plus débat, des proches de Vital Kamerhe ont fait savoir que celui-ci était toujours au poste, malgré son emprisonnement. Une position qui écarte, de ce fait, toute démission du président de l’UNC. Un jusqu’auboutisme qui gène.

Litsani Choukran, éditorialiste et fondateur de POLITICO.CD n’a pas hésité à fustiger cette position de Vital Kamerhe et ses proches : « Si quelqu’un aimait tant soit peu ce pays, il devrait conseiller au directeur de cabinet du Chef de l’État de démissionner. C’est la moindre des choses. Il n’y a même pas débat. Se faire limoger sera une honte et une tache indélébile. L’honneur et l’éthique l’imposent !”.

Le président Félix Tshisekedi s’est isolé dans l’est de Kinshasa, à la résidence de la N’sele depuis le début de la semaine. Il n’a pris encore décision quant au remplacement de son directeur de cabinet. Dans son entourage, on affirme que cette initiative ne saurait trainer. Le nom de François Beya, l’actuel conseiller spécial en matière de sécurité, était évoqué. Mais, les faits l’en éloignent depuis, ne faisant pas unanimité. « Le Président a besoin d’un homme qui soit à la fois dévoué efficace, en plus de ne pas être un conçurent politique, tout en évitant toute polémique de tribalisme », explique un proche.

Tshisekedi se lance donc discrètement à la chasse de son prochain Direcab. À suivre au prochain numéro.

Source :Politico.cd

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